[élections européennes] Corinne lepage : "une autre croissance est possible, écologique et durable"



source : cleantech republic

[élections européennes] Corinne lepage : "une autre croissance est possible, écologique et durable"
Corinne Lepage, Présidente de CAP21 et Vice-présidente du Mouvement Démocrate, tête de liste aux élections européennes dans le nord-ouest.

Reprenant les propositions de Lester Brown, Président du Worldwatch Institut, nous proposons une stratégie qui sort des platitudes habituelles autour du développement durable pour offrir une révolution copernicienne à la science économique et à la politique industrielle.

Pour ne pas perdre la guerre pour sauver la planète, du fait d’une économie auto-destructrice, il s’agit de changer de paradigme et de faire de l’économie un sous -ensemble de l’environnement, et non l’inverse. Puisque notre modèle économique actuel n’est pas un support durable pour le développement économique lui-même, il faut essayer de restructurer l’économie pour la rendre compatible avec l’écosystème de la Terre.

Cette éco-économie, ou écolonomie, qui respecte les principes de l’écologie impose tout d’abord que le marché dise la vérité écologique. Cette révolution économique, où l’objectif écologique devient central, passe par de nouveaux outils destinés à assurer la vérité écologique des prix : taxation des activités environnementales destructrices, transfert des subventions vers des activités environnementalement constructives (700 milliards de dollars sont dépensés annuellement pour encourager la consommation d’eau, de combustibles fossiles, de pesticides et de voitures automobiles), écolabels, permis négociables.

La reconversion des industries traditionnelles

Cette révolution macro-économique n’est possible que pour autant que la révolution industrielle soit concomitante. Elle repose à la fois sur le développement de l’économie verte et sur la reconversion des industries traditionnelles. Fondée à l’origine sur les énergies renouvelables (l’éolien dont le coût est passé de 38 cents le kWh au début des années 80 à moins de 4 cents dans les sites de première qualité), mais aujourd’hui surtout le solaire (les projets de centrales thermosolaires en Espagne ou en Californie vont jusqu’à 750 voire 1000 MW) et la biomasse, l’économie verte suscite de nouvelles perspectives : une nouvelle économie des matériaux qui favorise le recyclage ; des techniques qui permettent d’augmenter la productivité des sols et de l’eau sans les détruire ou les polluer comme aujourd’hui ; une politique forestière permettant de lutter contre l’érosion des sols qui ruine l’agriculture des pays du sud plus particulièrement ; une nouvelle organisation urbaine qui n’est plus automobile-centrée.

Une agriculture durable, réduisant massivement l’usage des pesticides et de l’eau, permet d’atteindre des rendements excellents en particulier dans le sud où les augmentations de productivité, d’après les rapports de la FAO, pourraient tangenter les 100%. Elle doit dans les années à venir nourrir la planète, mais aussi assurer, par la biomasse et les co-produits, une base énergétique et surtout la matière première de la chimie verte qui devrait représenter 20% de la chimie européenne en 2020.

Toutefois, l’économie verte n’est pas seulement la création d’une nouvelle industrie. C’est la voie de la reconversion des industries du XXème siècle à commencer par l’industrie automobile qui devra fournir des modèles sobres et sûrs, mais se reconvertir partiellement vers d’autres secteurs en rapport avec le savoir faire des sous-traitants : pièces pour d’autres secteurs industriels en particulier dans le renouvelable, réemploi de matériaux, sièges pour d’autres moyens de transport etc… De plus, le mariage entre économie numérique et économie verte est appelé à de grands développements : compteurs intelligents pour l’électricité et l’eau, centrales de mobilité pour gérer les déplacements…

Un retour à l’encouragement systématique des PME

Mais cette révolution économique et industrielle doit s’accompagner d’une transformation profonde dans l’organisation économique elle-même et ne doit évidemment pas être une source de concentration supplémentaire en faveur de multinationales qui garderont le comportement qui nous a conduit à la catastrophe actuelle. Ce changement de paradigme doit s’accompagner d‘une forte décentralisation de la production et du retour vers l’encouragement systématique des PME, locales, plus dynamiques, et qui s‘inscrivent pas la gestion des questions sociales et territoriales dans une logique de soutenabilité.

Rien ne serait plus grave que de voir l’économie verte subtilisée par les seules multinationales qui choisiraient en fonction de leur seul profit de court terme, les technologies et les évolutions souhaitables pour l’ensemble de la société et au rythme qui leur conviendrait.

La révolution de l’évolution soutenable est un tout. Elle ne peut se réduire à des choix faits, par clientélisme et pouvoir de lobbys relayés par les grands corps de l’Etat, en faveur des solutions héritées, coûteuses en terme économique, d’emplois, et environnementaux. Il est plus que temps que les 440 milliards de dollars que représentent les parties vertes des plans de relance soient complétés par un plan de relance vert européen d’au moins 200 milliards d’euros destiné à alimenter prioritairement l’innovation et le développement des PME, ainsi que la reconversion écologique des grands secteurs industriels.

Alors, la crise aura-t-elle au moins permis de sortir des errements du capitalisme financier pour nous orienter vers une économie soutenable pour le XXIéme siècle.

cleantech republic - 05/06/09

Vendredi 5 Juin 2009
Elections européennes 2009 Nord-Ouest avec Corinne Lepage